Benito, tout pour la musique

 

Benito a séduit la communauté Jackson en affichant une passion créative pour son idole. La musique et le cinéma animent son quotidien au point d’avoir lié ces genres pour ses célèbres vidéos « Multitrack A Cappella ». Aujourd’hui, il compose et produit ses propres morceaux. Rencontre avec un artiste aussi prometteur que  passionné.

 

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Tu es né à l’époque où Michael Jackson opérait un nouveau virage artistique dans sa carrière avec l’album « Dangerous ». Ce son New Jack et l’imagerie complexe développée dans chacun des short films ont donc bercé ton enfance, peut-on dire que cet album t’a influencé plus que toutes les autres productions du King Of Pop ?

C’est pour moi le meilleur album de Michael Jackson, tout simplement. La synthèse de son génie musical et du petit miel pour les oreilles. Michael était libre de faire ce qu’il voulait et je trouve que la communion du son et de l’image a atteint un paroxysme avec Dangerous. Chaque clip a son univers, chaque morceau ruisselle de détails et je me surprends, presque 25 ans après sa sortie, à découvrir de nouvelles sonorités dans les détails de la production. Cet album est tellement incroyable et brasse tellement de styles à la fois : le New Jack, comme tu l’as dit, mais aussi le Rock, la Pop, le gospel, le classique… Oui, Dangerous m’a influencé plus que tout autre album parce que chaque mélodie est intemporelle et me fait toujours autant vibrer.

 

Par quel biais as-tu découvert la musique de Michael Jackson? Le net y a-t-il contribué?

Mes parents étaient déjà fans de Michael, bien avant ma naissance. Je pense que tout a commencé pour mon père avec l’album “Destiny“ des Jacksons et pour ma mère, avec “Off The Wall“. Lorsqu’ils se sont rencontrés, ils partageaient déjà les mêmes goûts musicaux, ils me répètent souvent que ma mère écoutait “Bad“ en boucle, lorsqu’elle était enceinte de moi. Du coup, je souris toujours quand on me demande à quel moment je suis devenu fan, parce que j’ai baigné dans son univers musical dès le berceau. Il paraît que je restais scotché sur place dès que j’entendais un de ses morceaux ou que je voyais un shortfilm à la télévision. Ça n’a pas vraiment changé, en fait. Dès que j’ai eu une connexion Internet, j’ai cherché à partager ma passion avec un maximum de fans, partout dans le monde. Les forums se sont naturellement imposés comme de véritables sources d’information, mais aussi comme des lieux d’exutoire, à une époque où tout fan de Michael Jackson était pointé du doigt à cause des fausses accusations de pédophilie à son encontre. C’est aussi grâce à Internet que j’ai pu découvrir que sa discographie officielle chez Epic n’était qu’une toute petite partie de l’iceberg.

 

Quelles sont tes autres sources d’inspiration ?

J’ai grandi dans un univers musical riche et varié, où l’originalité avait toujours une place. Les Take 6 par exemple, groupe de jazz a cappella, font partie de mes principales influences. On écoutait Basia aussi chez mes parents, Earth, Wind & Fire, Kool & The Gang, Billy Joël, Stevie Wonder, qui ont tous contribué, d’une manière ou d’une autre, à enrichir mes influences. Puis, j’ai découvert certains producteurs et/ou talents de ma génération comme Timbaland, Justin Timberlake ou Will.I.Am, qui ont su brasser l’essence du style Jackson et en faire quelque chose de très intéressant aussi dans l’utilisation du beatbox comme squelette d’une rythmique. On rejoint un peu l’univers New Jack de Dangerous avec les productions de Timbaland, d’ailleurs. Les bons gros beats et ces caisses claires qui claquent m’ont toujours attiré depuis le travail de Teddy Riley, en réalité.

 

Tu sembles affectionner la pratique du Beatboxing ? Comment cela t’est-il venu ?

J’ai un cousin qui pratiquait déjà du beatbox dans la famille. Du côté de mon père, presque tout le monde jouait d’un instrument ou avait au moins chanté dans une chorale. Du coup, quand tu as 4/5 ans, que la fibre musicale coule dans tes veines et que tu entends quelqu’un reproduire une rythmique par la bouche, c’est juste très impressionnant. Comme tout enfant, j’ai voulu apprendre à faire la même chose et il m’a gentiment expliqué comment faire. Mon frère s’est joint à nous et j’ai continué à perfectionner la technique avec lui, chez mes parents. C’était assez drôle parce qu’on se faisait des battles et ainsi, ça renforçait l’envie de développer de nouvelles sonorités pour casser l’autre. Avec les morceaux de Michael, c’était toujours une bonne tranche de rire de reproduire des rythmes syncopés comme “Tabloïd Junkie“ ou “In The Closet“ en beatbox, parce que lui aussi a créé ces morceaux sur cette pratique.

 

Très tôt, tu as utilisé le net et les réseaux sociaux pour exprimer ta passion pour la musique et particulièrement celle de Michael Jackson avec un concept absolument génial, la vidéo Multitrack A Cappella. Peux-tu nous expliquer ce concept et tes motivations ?

J’adore ce concept. Je suis tombé par hasard sur les vidéos de Jean-Baptiste Craipeau (un artiste connu pour avoir repris “You Rock My World“ en a cappella multitrack, après la disparition tragique de MJ) et j’ai dû les regarder au moins une cinquantaine de fois chacune, tellement j’étais impressionné. Lui aussi est fan de jazz a cappella et il s’amusait à se filmer plusieurs fois, en enregistrant toutes les parties vocales de morceaux qui lui tenaient à cœur, pour obtenir un montage vidéo particulièrement créatif. Je me souviens avoir profité d’un travail d’école pour réaliser ma première reprise de Michael dans ce style, en choisissant “Speed demon“. C’est un de mes titres favoris de “Bad“. Pas le rythme le plus évident à émuler en beatbox, mais tout est tellement funky dans ce morceau. Aujourd’hui, je souris plus qu’autre chose face au résultat, parce que je m’aperçois que j’ai parcouru pas mal de chemin depuis cette première vidéo. Mais ce qui me touche surtout en y repensant, ce sont les mots d’encouragements que j’ai reçu de nombreux fans, partout dans le monde, qui m’ont réellement poussé à persévérer dans ce style de vidéos.

 

 

Ton choix s’est porté sur « Hollywood Tonight » Pourquoi ?

C’était tout simplement l’un des meilleurs morceaux de la compilation “Michael“, pour moi. À une époque où il m’était très difficile d’entendre la voix de Michael, “Hollywood Tonight“ et “Best Of Joy“ m’ont réconcilié avec son art. Alors évidemment, le titre a été retravaillé par Teddy Riley et le beatbox d’intro est clairement un montage des gimmicks de MJ, mais le résultat final était une vraie bouffée d’air frais et la démo n’a fait que confirmer, quelques années plus tard, tout le bien que je pensais de ce morceau. Mine de rien, la structure du morceau, en dehors du rap inutile de Riley, était très efficace et mettait à l’amende tout ce qui pouvait passer à la radio, à ce moment-là. Je me suis surpris, un jour, à exécuter la partie beatbox du morceau et l’idée d’une vidéo en a cappella multitrack s’est naturellement imposée. J’y voyais le défi de repousser mes limites dans le domaine, de multiplier les prises vocales des différentes couches qui constituent le morceau, pour obtenir un son plus rond. Mais surtout, j’avais envie d’improviser des parties pour m’approprier le morceau et ne pas en faire qu’une simple copie, ce qui explique pourquoi le final de ma reprise ressemble à une jam session funky des différents instruments. Je me suis vraiment amusé !

 

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C’est un travail précis et fastidieux, combien de temps t’a-t’il fallut pour réaliser ces vidéos ?

Au total, le projet audio contenait 18 pistes séparées. Il a fallu filmer le même nombre de vidéos pour réaliser le montage, qui est toujours disponible sur YouTube. Comme j’étais aux études à ce moment-là, je m’occupais de tout en rentrant ou les weekends mais, si on comptabilise tout, cette vidéo représente le travail d’une semaine à 8h par jour… Je me souviens avoir tourné toutes les prises vidéo en une journée, mais le plus gros du travail se situait dans le mixage son. J’ai développé ma passion du mixage stéréo à cette période, en fait ! L’idée était de reproduire l’environnement du morceau original avec mes prises vocales et je pense y être arrivé, même si je suis perfectionniste. J’ai depuis refait un mixage bien plus équilibré pour mes archives personnelles.

 

Tu as également réalisé une vidéo mettant en avant une incroyable reprise du titre de Justin Timberlake « Sexyback », un autre fan de la nouvelle génération qui a su prendre le meilleur de l’art de Jackson, se l’approprier puis le faire sien. J.T. est-il un autre modèle pour toi ?

Dans le paysage musical actuel, JT est une référence pour moi. L’ayant vu à Anvers, il fait partie de ces rares artistes, avec Bruno Mars, qui me donne la sensation d’assister à une prestation scénique de la vieille école. Tout est calibré, les costumes sont réfléchis, la danse est chirurgicale, le chant est live et le show est assuré. Très peu d’artistes font ça pendant 2h par soirée, aujourd’hui. En plus, Justin garde un contrôle créatif total sur sa carrière, fait la musique qui lui plaît et ne cherche pas à être commercial à tout prix, même au risque de déstabiliser ses fans de la première heure. J’admire sa démarche, son intégrité artistique et sa façon de voir les choses donc, oui, je le mets au même niveau d’appréciation que Stevie Wonder ou les Take 6. Pour ma reprise de « Sexyback » en multitrack, je tenais à repousser encore les limites et à me rapprocher un maximum de l’originale. L’avantage d’un morceau plus métallique comme celui-ci est que les différentes couches d’instruments sont idéales pour une reproduction en beatbox. Au final, je me suis retrouvé avec 25 pistes vocales à mixer, pour un résultat très intéressant.

 

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Fin 2014, tu as décidé de donner un nouvel élan à ton expression artistique, en proposant sur les plateformes de téléchargement légales un premier single, « Miracle ». On y découvre un univers extrêmement riche et nourri qui va bien au-delà des codes ou inspirations Jackson dont nous avons parler. Peux-tu nous en dire plus sur ce premier projet de single ?

Au départ, j’avais mis la musique solo de côté depuis des années car je me sentais plus à l’aise à la composition qu’à l’interprétation. Puis, sous la pression de mes premiers fans, et à une époque où je vivais une expérience désagréable dans le monde du travail, j’ai eu besoin d’un défi et je me suis remis au travail. Tout d’abord, en revenant avec une reprise a cappella multitrack de “No Diggity“, du groupe Blackstreet, qui est un réarrangement jazzy composé de 52 pistes vocales. Puis, j’ai voulu créer quelque chose de plus personnel que des reprises a cappella. J’avais ce projet d’album qui me trottait depuis des années et j’ai senti que c’était le bon moment. 80% de “Miracle“ était déjà composé dans ma tête, donc ça a surtout été un travail de transcription. Dans la rythmique, je suis clairement influencé par les uptempo de “Dangerous“. Je cherchais une caisse claire qui claque, avec une dominance de la basse, comme sur les morceaux de D’Angelo. Pour les chœurs, je souhaitais une ambiance de jazz a cappella, gentiment inspirée par mon père, qui a d’ailleurs participé à la composition. Les 20% restants représentent les percussions, qui n’étaient pas prévues à la base, mais qui sont vite devenues indispensables. Je cherchais un complément à la structure rythmique et un jour, en buvant une tasse de café, je me rappelle avoir improvisé une rythmique avec la cuillère sur les différentes surfaces de la tasse. J’ai tout de suite enregistré plusieurs pistes sur la première démo du titre et j’ai trouvé le résultat excellent. En réécoutant “Off The Wall“ par la suite, j’ai vite compris d’où m’était venue cette idée. Sans même m’en rendre compte, je m’étais inspiré du festival de sonorités dans l’intro de “Don’t Stop ‘Til You Get Enough“ ! Mais ça rejoignait l’idée de condenser mes influences musicales en un style unique, alors j’ai conservé ces percussions. Puis, je trouvais amusant que mon début de carrière solo fasse écho au premier single solo de Michael chez CBS.

 

En ce début d’année 2015, deux nouveaux titres sont venus enrichir la sortie de ton tout premier E.P. « Stories Of My Mind » aux styles que l’on pourrait apparenter à Babyface ou Stevie Wonder sur des sonorités teintées de Bossa Nova très intéressantes. Peut-on dire que ton style s’affirme ?

Je pense encore chercher un nom approprié pour mon style de musique. Je dirais que c’est du R&B vocal, teinté de sonorités jazzy. C’est marrant que tu fasses référence à Stevie Wonder car c’est clairement l’influence que j’avais en tête en composant “Wrong“ avec mon père. Si on peut vraiment parler de composition… À la base, ce morceau n’existait pas dans la tracklist. Une après-midi, j’ai pris mon téléphone pour enregistrer une démo vocale du premier couplet et tout le reste m’est venu d’un coup, en laissant ma voix s’exprimer sans aucun contrôle, à la manière d’un cadavre exquis musical. Je me souviens que je tremblais tellement je trouvais la mélodie excellente. Y a des jours comme ça où l’inspiration s’impose à nous. Des fois, j’ai l’impression de comprendre ce que Michael voulait dire quand il expliquait que certaines mélodies s’imposaient à lui, sans qu’il en soit responsable. J’ai tout de suite réécouté ma voix et ça sonnait tellement comme Stevie ! Je rêvais de composer une mélodie vocale dans ce style qui lui est propre depuis des mois, et ça venait de m’arriver comme une fulgurance. On se sent fébrile, dans ces cas-là. J’ai ouvert un bloc note sur mon ordinateur et les paroles se sont imposées tout aussi rapidement. En une après-midi, j’avais une nouvelle chanson et les lyrics ! Par la suite, j’ai demandé à mon père d’expérimenter des accords de piano, en s’inspirant de Stevie et de “Don’t You Worry ‘Bout A Thing“, car je trouvais intéressant d’avoir un texte pessimiste et un rythme entraînant. On a pas mal travaillé sur l’instrumentale pour que tout sonne juste. Au final, parmi les 3 morceaux qui composent cet EP, c’est celui dont je suis le plus fier. Je peux donc dire que mon style s’affine naturellement, mais grâce au soutien de mon père aussi. C’est vraiment un travail d’équipe et je ne le remercierai jamais assez pour son aide.

 

Quels sont les premiers retours du public ? As-tu un premier projet d’album ?

Les retours sont plutôt positifs. Sans promotion officielle ni passage en radio, je n’ai pas à me plaindre. Je continue d’alimenter ma page Facebook de contenu et de liens, mais ce que je recherche avant tout, c’est à partager ma musique un maximum. L’avantage de discuter sur des forums anglophones, c’est que je peux me faire connaître en Amérique, en Allemagne, un peu partout dans le monde. C’est marrant d’avoir des retours de fans de différentes origines. Sinon, mon premier EP est en réalité le chapitre 1 de ce qui constituera, au final, mon album solo. 9 mois ont été nécessaires à la réalisation de ces 3 morceaux, puisque je gère toutes les étapes du processus, de l’écriture au mastering, et scinder mon projet en plusieurs EP me permettra de proposer régulièrement de la nouvelle musique à mes fans. L’idéal aussi, serait de me faire repérer par un ou une artiste afin de pouvoir lui écrire un morceau, parce que j’ai une facilité parfois déconcertante à créer des mélodies. Mais en attendant, je continuerai ma carrière solo ponctuellement en alternant avec ma deuxième passion, le cinéma.

 

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Penses-tu continuer à accompagner tes projets de la vidéo ?

Je réfléchis sérieusement à un clip vidéo pour accompagner la promotion du Chapter I. Plusieurs options s’offrent à moi. Vu que le beatbox tient une place prépondérante dans ma musique, ça pourrait être sympa de proposer un nouveau type de video multitrack, avec une version dépouillée d’un titre. Je pense également à une mise en scène à la manière d’un short film, où ma présence ne serait pas indispensable. Mon cœur balance pour le moment entre “Bleeding“ et “Wrong“, mais une chose est sûre : il y aura bien une vidéo.

 

Qu’est-ce qui pour toi, fera que Jackson continuera à inspirer de nouvelles génération dans le futur ?

Michael Jackson, c’est la synthèse de toute forme d’art, poussée dans ses derniers retranchements. Qu’on parle de musique, de danse, de concert, de show, de style vestimentaire, de promotion, ou même de cinéma, il est impossible d’avoir une conversation sans même citer son nom, ni la pierre angulaire qu’il représente dans le monde du show business. Il est celui qui a brisé les barrières raciales avec sa musique et qui a touché droit au cœur les personnes qui l’ont admiré par son art. Il espérait un monde meilleur et jamais aucun artiste ne véhiculera de message aussi fort et ne soulèvera autant de foule qu’avec “Man In The Mirror“. Il y a un avant et après Michael Jackson. Voir ces enfants partout dans le monde, aussi ébahis que je l’étais à leur âge devant ses clips ou sa musique me fera toujours sourire. Son message nous parle encore, parlera aux nouvelles générations et lui survivra à travers ses fans, mais surtout à travers son art.

 

Propos recueillis par François Allard

 

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