Jermaine Jackson – Tell Me I’m Not Dreamin’

 

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Invincible Magazine #2 – l’article en version « extended »


Dans les annales de l’histoire des Jackson, l’année 1984 est tumultueuse. Jermaine raccroche « in extremis » les projets Victory après que ses choix de carrière l’aient trop longtemps éloigné du succès grandissant du groupe. Il relance parallèlement sa carrière solo chez Arista Records avec une proposition musicale ambitieuse, parfaitement inscrite dans l’air du temps et loin des contraintes artistiques dictées par la Motown. Ce nouvel album éponyme renommé par la suite « Dynamite » voit, dans sa dernière phase de création, l’enregistrement du duo « Tell Me I’m Not Dreamin' » avec Michael Jackson qui vient remplacer la version solo initialement prévue. Le titre officialise aux yeux du grand public une cohésion fragile retrouvée au sein du groupe. Si les deux frères partagent un doux rêve sur ce morceau, leurs destins artistiques sont dès lors bel et bien différents.

Jermaine est le quatrième enfant de la famille Jackson. Son père le place comme leader de la première formation qui deviendra par la suite les Jackson 5. Bientôt, le charisme et surtout le talent naturel dégagé par le tout jeune Michael placent désormais Jermaine à la gauche de ce dernier muni de sa basse affûtée. Ils partageront tous les deux et à tour de rôle les couplets des grands hits des Jackson 5 pendant les huit années de gloire du groupe.

Si Michael est le leader vocal, l’enfant prodige et un chanteur hors du commun, Jermaine s’affirme progressivement comme le tout premier sex-symbol adolescent noir américain. Le 15 décembre 1973, il épouse la fille de Berry Gordy, Hazel, avec laquelle il restera marié jusqu’en 1987. Cette union avec la fille du célèbre dirigeant de la Motown devient compliquée au moment où les Jackson 5 s’intéressent de plus en plus à l’offre de CBS Records et à la promesse d’une liberté artistique progressive. Jermaine décide de quitter le groupe et préfère rester chez Motown. Il dément que son lien de parenté avec Berry Gordy en soit la cause.

Entre 1976 et 1982, Jermaine enregistre pas moins de sept albums alors que ses frères, les désormais Jacksons, en enregistrent seulement quatre. Les productions sont musicalement inégales jusqu’à ce que le maître Stevie Wonder l’honore de son génie sur l’excellent « Let’s Get Serious » (1980). Le disque reçoit une adhésion totale du public qui le classe N°1 au Billboard U.S. r&b. L’album se vend à environ deux millions de copies dans le monde, le plus gros succès du chanteur chez Motown. Aux grands regrets de ses fans, les trois albums suivants ne reproduisent pas cette magie ; sa carrière stagne et tourne en rond.


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Jermaine lance un appel à ses frères sur l’album « I Like Your Style » (1981) avec le morceau « I’m My Brother’s Keeper » une ode mélancolique et larmoyante dans laquelle il les appelle à ne pas l’oublier. En 1983, il prend la décision de quitter Motown pour rejoindre le label Arista Records fondé par Clive Davis & Barry Manilow. La carrière de Jermaine va prendre alors un nouveau virage.

Il entre en studio en pleine « Thrillermania » et va tout miser sur sa nouvelle production. Il travaille tellement qu’il refusera dans un premier temps la proposition de son père qui consiste à rejoindre le groupe sur le projet Victory.

L’album sort au mois d’avril 1984 aux U.S.A. et au Japon avant d’être présenté à la vieille Europe sous le nom de « Dynamite ». Il est classé pendant 48 semaines au Billboard (top r&b / hip-hop albums N°13 et Billboard 200 N°19). Le disque est parfaitement calibré, les premières pistes sont très énergiques, les sonorités électro-funk brillent, résonnent et enchantent. Les claviers de John Barnes, Michael Omarian ou Greg Phillinganes sont purement impressionnants et font de cet album une véritable référence en la matière.

« Tell Me I’m Not Dreamin' » est prévu comme le premier single mais CBS bloque son exploitation. Un projet annexe de Michael Jackson, qui plus est chez un concurrent, ne doit pas faire ombre au succès de « Thriller » ni bientôt à celui de « Victory ». La chanson est presque systématiquement proposée en face B des singles « Dynamite » et « Do What You Do » et certains pressages proposent la version instrumentale (grande oubliée des récentes rééditions « expanded » de l’album).

Si le titre ne peut trouver le chemin des classements de vente de singles, il trouve naturellement celui des ondes. Il atteint sa meilleure place au Radio and Records’ Top 40 (N°6) et y sera classé pendant 9 semaines. Au Billboard Hot Dance Club Play, il sera N°1 en juin pendant trois semaines. De nombreux 45T et maxi promo sont édités dans le monde pour assurer la médiatisation de ce duo.

En 1985, La chanson est nominée aux Grammy Awards dans la catégorie « Best r&b performance by a duo or group with vocals ».

Lors de la promotion de l’album, pour l’émission « Friday Night Videos », Jermaine déclare: « Michael et moi avons partagé tellement de chansons dans le passé que j’ai souhaité qu’il participe à ce nouvel album. Alors que j’allais enregistrer le titre tout seul, j’ai pensé que le faire avec lui donnerait un excellent résultat, alors je l’ai appelé, il a fait le second couplet, j’ai fait le premier, puis le « bridge » à tour de rôle à la manière des titres « I Want You Back » ou encore « The Love You Save », c’est exactement ce que le public veut entendre et le rendu est vraiment très bon ! »

Jay Gruska, co-auteur de la chanson, a répondu à quelques-unes de nos questions.

Jay Gruska est parolier mais aussi compositeur pour le cinéma et la télévision, un artiste également engagé par le label Warner Brothers Records.
En tant que compositeur, il a écrit bon nombre de chansons pour des artistes tels que Chicago, Michael Jackson & Jermaine Jackson, Amy Grant, Robert Palmer, Patti Labelle, The Pointer Sisters, Juice Newton ou encore Bette Milder. Il a reçu 11 ASCAP awards pour ses chansons et son travail et additionne plusieurs titres N°1 aux différents classements Billboard. En tant que compositeur pour le cinéma et la télévision, il a été nominé trois fois aux Emmy Awards. Il a travaillé sur plusieurs longs métrages, des dizaines de téléfilms et plus de 500 épisodes de séries télévisées telles que: « Lois & Clark », « Les nouvelles aventures de Superman », « Beverly Hills 90210 », « Charmed » et va entamer prochainement son travail de composition sur sa 10e saison de « Supernatural ».

Jay Gruska, Comment avez-vous rejoint le projet de « Tell Me I’m Not Dreamin' » sur l’album de Jermaine Jackson ?


C’était en 1984, pendant que j’enregistrais et produisais mon premier album solo pour la maison de disque Warner (« Which One Of Us Is Me »). J’enregistrais des « overdubs » vocaux dans le studio de Michael Omartian qui n’était pas seulement un bon ami mais également le producteur de deux de mes disques. Il m’a invité, ainsi que Bruce Sudano, à écrire une chanson avec lui pour le nouvel album qu’il produisait pour Jermaine Jackson.

Vous étiez donc tous en studio au moment de l’écriture de cette chanson, pourriez-vous nous donner quelques détails sur votre collaboration ?


Bruce est une personne honnête et très respectable. Nous écrivions la plupart des chansons dans la maison qu’il partageait avec sa femme, Donna Summer, qui était une personne merveilleuse à l’intérieur tout comme à l’extérieur mais également une hôte bienveillante. Tout le procédé d’écriture concernant cette chanson a été en fait simple et fluide, tout a été rapide, il nous aura fallu une semaine tout au plus pour l’écrire.

Lors de l’écriture, saviez-vous que Michael Jackson allait l’enregistrer ?


Quand nous avons commencé à l’écrire, le titre était exclusivement prévu pour Jermaine, mais après quelques semaines, Michael Omartian m’a annoncé la possibilité que Michael Jackson l’enregistre en duo, j’étais incroyablement excité. Quand la nouvelle a été confirmée quelques temps plus tard, nous étions tous très heureux. Michael Jackson, à ce moment là, était tout simplement le plus grand artiste du monde; alors l’avoir sur une de vos chansons, c’était difficile de faire mieux. Les Jacksons l’ont également jouée en concert pendant le Victory Tour.

Concernant la chanson, les deux frères s’adressent-ils à la même femme ?


Cela m’a toujours interpellé. La chanson a été écrite selon ce cadre : il s’agit d’un homme s’adressant à une femme mais quand la chanson a été enregistrée en duo dès lors deux hommes s’adressaient soit à la même femme soit chacun à leur propre femme. Finalement ça n’a pas vraiment d’importance. Comme toutes les chansons, tout est laissé à l’interprétation de l’auditeur.

Jermaine et Michael ont-ils enregistré dans le même studio, étiez-vous présent ?


Quand le « master track » a été enregistré, les personnes présentes dans le studio étaient seulement Michael Omartian (claviers), Nathan East (basse), John Robinson (percussions) et moi-même pour placer les paroles. Michael Landau, qui faisait partie du groupe Maxus avec moi, joua la ligne de guitare un peu plus tard. Jermaine et Michael n’étaient pas présents lors de cet enregistrement. Ma version chantée a été principalement utilisée pour leur permettre d’apprendre la chanson. Malheureusement je n’ai pas été en mesure d’assister à la session d’enregistrement avec Michael et Jermaine mais ils l’ont effectivement réalisée ensemble quelques semaines plus tard.

30 ans après, quel est votre regard sur cette chanson ?


J’aime toujours cette chanson et même si je suis content d’avoir d’autres hits, rien n’aura été aussi électrisant que d’entendre Michael et Jermaine la chanter … et tout spécialement parce qu’elle passait constamment à la radio l’année suivante et plus encore.


Interview réalisée le 15/07/2014  jaygruska.com


Peu de temps après la sortie de « Dynamite », Michael dresse un portrait court de son frère dans le magazine Ebony (Mai 1984): « Je pense que Jermaine est une comme une île. Tout le monde s’accorde à dire que dans un groupe c’est la majorité qui l’emporte. Alors que nous pensons être tous en accord, il dit: « Et bien, je suis désolé, mais je sens les choses différemment ». Je l’admire pour ça car il défend sa vision […] Il croit beaucoup en lui, il a beaucoup de conviction et a foi en ce qu’il ressent, il a le courage de ses opinions parce qu’il est tenace […] J’admire cette intégrité. Il est comme ça ».

Le morceau est également intégré à la « setlist » du Victory Tour. Lors des shows, Jermaine interprète en solo les brillants « Let’s Get Serious » et « Dynamite » pendant que Michael trouve un repos mérité de quelques minutes. Quand « Tell Me I’m Not Dreamin' » est lancé, Michael n’est pas en place, il attend patiemment le deuxième couplet et arrive sur la scène tel un ouragan balayant tout sur son passage. Le public jubile et s’enflamme de nouveau.

« Dynamite » sera donc choisi comme premier single (Billboard Hot 100 N°15) avec ses percussions puissantes, pleines de vigueur et d’énergie. Puis viendra la sortie de « Do What You Do » aux magnifiques arrangements de Michael Sembello qui mettent en exergue le véritable « serial lover » qu’est Jermaine (Billboard Hot 100 N°13).

L’Europe va également succomber à son charme avec le single « Sweetest Sweetest ». Dans la vidéo qui accompagne la chanson, Jermaine, vêtu de son costume de valet, arrose maladroitement de champagne une ravissante jeune fille dans sa chambre d’hôtel (à vous de découvrir la suite). Mention spéciale pour la version « Special US Remix » à écouter sur la réédition CD de 2012 sortie chez Sony Music grâce aux efforts de Funky Town Grooves (FTG 322). « Come To Me (One Way Or Another) » est présenté en face B, David Williams et John Barnes posent ici des sonorités qui ne sont pas sans rappeler les bases musicales du futur « Centipede » de Rebbie Jackson.


Clive Davis (Producteur exécutif) va sortir toutes les cartes nécessaires pour imposer le retour du grand frère.


« Take Good Care Of My Heart » est un des trésors de l’album !
Davis offre à Jermaine un sublime duo avec Whitney Houston, jeune talent encore inconnu du grand public. Cette voix unique et virtuose apporte une dimension extraordinaire au morceau. Whitney vient tout juste de rejoindre le label et sortira son premier album éponyme l’année suivante.

« Escape From The Planet Of The Ant Men »
Randy et Tito entrent en studio et participent aux chœurs du morceau. Un titre entraînant, futuriste et délirant aux sons de synthétiseurs qui évoquent déjà le futur projet « Victory ». On note également un clin d’œil pataud à « Thriller » avec ce rire narquois en résonance directe avec celui de Vincent Price.

« Dynamite » est un album incontournable et comporte bien d’autres merveilles, il se vend à près de 900 000 copies aux U.S.A., et 2 millions dans le monde ! Le phénomène Victory Tour va malheureusement affaiblir son succès aux U.S.A. L’Europe va le plébisciter surtout après la sortie du single « When The Rain Begins To Fall » avec la chanteuse Pia Zadora (Bande originale du film “Voyage Of The Rock Aliens”), car le morceau est intégré aux nouvelles éditions de l’album.

Jermaine aura-t-il du regret de voir Michael Jackson abandonner à son tour le groupe ?
Il faut le croire surtout si l’on analyse les multiples annonces de reformation du groupe qu’il aura plaisir à lancer régulièrement au cours des dernières décennies.

En 2001, au Madison Square Garden, les six frères seront réunis pour la toute dernière fois sur scène.

De nos jours, les Jacksons se produisent régulièrement. Jermaine est devenu le leader incontesté du groupe, il peut même s’enorgueillir de valoriser un certain héritage artistique laissé par Michael. S’il brandit plus haut que jamais le flambeau des valeurs familiales, sa flamme ne pourra plus jamais briller aussi intensément que celle du Victory Tour.


Discographie Solo


« Jermaine » Motown 1972
« Come Into My Life » Motown 1973
« My Name Is Jermaine » Motown 1976
« Feel The Fire » Motown 1977
« Frontiers » Motown 1978
« Let’s Get Serious » Motown 1980
« Jermaine » Motown 1980
« I Like Your Style » Motown 1981
« Let Me Tickle Your Fancy » Motown 1982
« Dynamite » Arista 1984
« Precious Moments » Arista 1986
« Don’t Take It Personal » Arista 1989
« You Said » LaFace Records 1991


Sources


jermainejacksonentertainment.com
Interview de Jermaine Jackson dans l’émission de TV Américaine émission « Friday Night Videos »
Magazine Ebony (Mai 1984)
Livre « Michael Jackson – King » par Richard Lecocq
Livre « Michael Jackson – For The Record » (2009) par Chris Cadman
Livre « Sequin & Shades – The Michael Jackson Reference Guide » (1987) par Carol D. Terry
Livret « Jermaine Jackson Dynamite – Expanded Edition » (Funky Town Grooves / Sony Music – FTG 322 – 2012) par Matt Emrick


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Les différents pressages dans le monde


Tell Me I’m Not Dreamin’ – 7″ Promo

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : Japon / Réf: SNP-1043 / ARISTA Records


Tell Me I’m Not Dreamin’ – 12″ Promo

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : Japon / Réf: SNP-128 / ARISTA Records


Tell Me I’m Not Dreamin’ – 7″ Promo

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : Allemagne / Réf: 106 588 / ARISTA Records


Tell Me I’m Not Dreamin’ – 12″ Promo

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : Allemagne / Réf: 601 361 / ARISTA Records


Tell Me I’m Not Dreamin’ – 12″ Promo

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : Espagne / Réf: 0321 / ARIOLA Records


 

 

logojermaine2Dynamite – LP

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : Europe / Réf: 206 317 / ARISTA Records


Dynamite – LP

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : Japon / Réf: 20RS-58 / ARISTA Records


Dynamite – CD (9 pistes)

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : U.S.A. / Réf: ARCD 8203 / ARISTA Records

Merci à Sébastien Martin pour son aide précieuse


Dynamite – CD (10 pistes)

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : U.S.A. / Réf: ARCD 8203 A / ARISTA Records


Dynamite – CD (9 pistes)

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : Allemagne / Réf: 610 150-222 / ARISTA Records


Dynamite – CD (10 pistes)

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : Allemagne / Réf: 610 213-222 / ARISTA Records


Dynamite – CD (9 pistes)

  • Année de sortie : 1988
  • Pays : Japon / Réf: 35RD-9 / ARISTA Records


Arista’s Perfect 10 – CD Compilation

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : U.S.A. / Réf: ARCD 8268 / ARISTA Records


Dynamite – CD (9 pistes)

  • Année de sortie : 2005
  • Pays : U.S.A. / Réf: 75517406552 / Sony Records


Dynamite – CD (11 pistes)

  • Année de sortie : 2009
  • Pays : Japon / Réf: BVCP 40166 / Sony Records


Dynamite (Expanded Edition) – CD (15 pistes)

  • Année de sortie : 2012
  • Pays : U.S.A. / Réf: FTG 322 / Sony Records


Dynamite (Expanded Edition) – CD (15 pistes)

  • Année de sortie : 2012
  • Pays : Japon / Réf: FTG 322 / Sony Records


Dynamite – 7″ Promo (avec version instrumentale)

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : Japon / Réf: 7RS-96 / ARISTA Records


Dynamite – 7″ (avec version instrumentale)

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : Royaume-Uni / Réf: JJK2 / ARISTA Records


Dynamite – 12″ Picture Disc (avec version instrumentale)

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : Royaume-Uni / Réf: JJKP-122 / ARISTA Records


Dynamite – 7″ (avec version instrumentale)

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : U.S.A. / Réf: AS1-9190 / ARISTA Records


 

BONUS Do What You Do – 7″

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : France / Réf: 107 052 / ARISTA Records


Do What You Do – 7″

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : Japon / Réf: 7RS-106 / ARISTA Records


Do What You Do – 12″

  • Année de sortie : 1984
  • Pays : Royaume-Uni / Réf: 32609 / ARISTA Records


 

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